Grâce au généreux legs de Madame Françoise Lambert, la Société des Amis de Versailles a récemment offert au château une remarquable paire de chenets en bronze doré, réalisée par un atelier français vers 1745-1749. Ces objets illustrent avec finesse le raffinement des arts décoratifs sous le règne de Louis XV.
Les chenets, entre fonction et représentation
Si les chenets avaient avant tout une fonction pratique – maintenir les bûches dans l’âtre afin de favoriser la circulation de l’air et la bonne combustion du feu –, ils constituaient également de véritables éléments d’apparat. Dans les grands intérieurs aristocratiques du XVIIIᵉ siècle, la cheminée occupait une place centrale dans le décor. Pendules, candélabres, feux, garnitures et chenets formaient un ensemble soigneusement composé, témoignant du goût et du rang de leur propriétaire.
Le terme « Savoyard » désigne les jeunes garçons et filles originaires des vallées de Savoie qui, dès le XVIIᵉ siècle et plus encore au XVIIIᵉ siècle, quittaient leur région pour exercer divers petits métiers saisonniers dans les grandes villes, notamment à Paris. Ramoneurs, colporteurs ou musiciens ambulants, ils devinrent des figures familières de la capitale. Leur représentation, empreinte d’une certaine sensibilité pittoresque, inspira les peintres, les sculpteurs et les bronziers, qui en firent un motif décoratif très en vogue sous Louis XV.
Un remarquable témoignage du style Louis XV
Les deux figures prennent place sur un décor de rocailles, de troncs d’arbres et de végétaux caractéristique du style rocaille. Ce vocabulaire ornemental, qui se développe à partir des années 1730, privilégie les formes asymétriques, les lignes souples et les compositions inspirées de la nature. Les bronziers français excellent alors dans cet art, donnant naissance à des objets où la virtuosité technique rivalise avec l’inventivité décorative.
L’intérêt de cette paire réside également dans la présence du poinçon au C couronné, visible sur les bronzes. Ce poinçon ne correspond pas à une marque d’atelier mais à un poinçon fiscal instauré par l’administration royale afin de percevoir une taxe sur les ouvrages en bronze. Utilisé entre février 1745 et février 1749, il constitue aujourd’hui un précieux outil de datation pour les historiens de l’art, permettant de situer avec une grande précision la fabrication des œuvres qui le portent.
Par la qualité de leur ciselure, la finesse de leur dorure et leur excellent état de conservation, ces chenets témoignent du haut niveau atteint par les bronziers parisiens au milieu du XVIIIᵉ siècle. Ils illustrent également la place essentielle des objets utilitaires dans le décor des résidences aristocratiques, où chaque élément, jusque dans l’aménagement de la cheminée, participait à l’harmonie et au prestige des appartements.
Une acquisition rendue possible grâce aux legs
Cette acquisition vient enrichir les collections du château de Versailles grâce au soutien fidèle de la Société des Amis de Versailles et à la générosité de Madame Françoise Lambert, dont le legs permet aujourd’hui de préserver et de transmettre un nouvel exemple du savoir-faire exceptionnel des artisans français du siècle des Lumières.
Crédits photographiques : © EPV / Christophe Fouin
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