Trente ans après, une donatrice retrouve son tableau à Versailles
Publié le 02 septembre 2026
Il y a plus de trente ans, Madame Golovko faisait don à la Société des Amis de Versailles d’un tableau de Noël Hallé, Jupiter, dissimulé sous les traits de Diane, surprend Callisto. Par ce geste, elle permettait à cette œuvre du XVIIIe siècle de rejoindre les collections du château de Versailles.
À la suite de son don, Madame Golovko avait été accueillie au château afin d’être remerciée pour sa générosité. Elle aurait alors dû pouvoir retrouver son tableau dans son nouvel écrin versaillais. Mais il fut envoyé très vite en restauration. Madame Golovko ne put donc jamais le voir installé à Versailles.
Les années passèrent. Le tableau a poursuivi son histoire au sein des collections, tandis que sa donatrice, installée dans la région de Dreux, gardait le souvenir de l’œuvre qu’elle avait contribué à faire entrer à Versailles et qu’elle n’avait pas pu revoir à sa place.
Noël Hallé et les amours de Jupiter et Callisto
Jupiter, dissimulé sous les traits de Diane, surprend Callisto de Noël Hallé
Peint vers le milieu du XVIIIe siècle par Noël Hallé (1711-1781), Jupiter, dissimulé sous les traits de Diane, surprend Callisto est une huile sur toile de 90 × 99 cm, aujourd’hui conservée sous le numéro d’inventaire MV 8573.
Le tableau représente un épisode tiré des Métamorphoses d’Ovide. Jupiter, épris de la nymphe Callisto, prend les traits de Diane, déesse dont Callisto est l’une des compagnes, afin de pouvoir l’approcher. Hallé choisit précisément le moment de cette rencontre et de la supercherie du dieu.
L’œuvre appartient à une commande passée en 1750 par les Bâtiments du roi. Elle avait été conçue avec son pendant, Apollon et la Sibylle de Cumes, pour les nouveaux appartements du roi au Grand Trianon. Livré en 1755, le tableau fut présenté la même année au Salon de l’Académie royale de peinture et de sculpture.
Dans cette composition, Noël Hallé affirme cette scène mythologique d’une manière personnelle. Elle est construite avec équilibre et le paysage occupe une place importante. Le ciel, l’atmosphère aérienne et le mouvement du vent dans les frondaisons donnent à la scène une certaine légèreté. La palette claire associe notamment les bleus et les ors, tandis que les blancs nacrés des figures prennent des reflets rosés.
Certains détails sont traités avec une grande liberté, dans une matière picturale épaisse et visible : le feuillage, l’herbe, mais aussi les lacets ou le bord du décolleté. Cette liberté d’exécution fut remarquée au XVIIIe siècle, même si la réception de l’œuvre au Salon fut plus partagée, certains critiques reprochant notamment à Hallé la lourdeur de ses figures.
Après avoir appartenu aux collections royales, le tableau connut plusieurs étapes dans son histoire avant d’être acquis en 1989 grâce au don de Madame Golovko Frosio-Roncalli, par l’intermédiaire de la Société des Amis de Versailles. Il est aujourd’hui présenté dans le cabinet de l’appartement de Madame de Pompadour, au sein du corps central du château.
Chambre – Appartement de Madame de Pompadour
Trente ans plus tard, les retrouvailles
Au printemps dernier, plus de trente ans après son don, Madame Golovko est revenue à Versailles.
Le 28 mai, alors qu’elle achevait sa carrière d’enseignante, elle était accompagnée de ses collègues et d’environ 90 élèves de terminale. Pour cette journée, la Société des Amis de Versailles l’a accompagnée afin de permettre l’ensemble du groupe de découvrir le Château dans les meilleures conditions. Les élèves ont ainsi été guidés tout au long de leur visite par les Jeunes Amis de la Société qui leur ont présenté le domaine et ses collections.
Une Jeune Ami quidant un groupe d’élève dans la Galerie des Glaces
Mais, pour Madame Golovko, cette journée devait également être l’occasion d’un retour beaucoup plus personnel.
Une visite de l’appartement de Madame de Pompadour lui a été organisée. Accompagnée de Madame Clara Terreau, conservateur des peintures du XVIIIe siècle, elle a ainsi pu découvrir cet espace historique avec un objectif bien précis : retrouver le tableau qu’elle avait généreusement donné plus de trente ans auparavant. C’est en effet dans le cabinet de l’appartement que Jupiter, dissimulé sous les traits de Diane, surprend Callisto attendais sa venue.
Trente ans après son don, Madame Golovko a enfin pu se tenir devant lui et découvrir le destin qu’a connu l’œuvre qu’elle avait choisi de transmettre.
Introduction par Clara Terreau devant le portrait de Madame de Pompadour
Madame Golovko devant sa donation – cabinet de madame de Pompadour
Pour la Société des Amis de Versailles, qui a accompagné Madame Golovko et ses élèves tout au long de cette journée, cette rencontre était aussi une belle illustration de ce que peut permettre l’engagement des Amis : faire vivre le lien entre ceux qui contribuent à la sauvegarde et à l’enrichissement des collections et le patrimoine qu’ils ont choisi de soutenir.
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