Nouvelle acquisition : un lé original d’une soierie brochée destinée au Grand Cabinet intérieur de la reine Marie-Antoinette

Publié le 17 février 2026

Le 18 novembre 2025, à l’occasion d’une vente aux enchères de la maison De Baeque, la Société des Amis de Versailles a acquis un lé original d’un lampas exceptionnel, fait de soierie brochée à dessins d’arabesques sur un fond de satin des Indes blanc crème.

Cette acquisition a été rendue possible grâce aux dons de Madame Isabelle Denizot, de Monsieur Philippe Maire et de Messieurs Mickaël Penverne et Yann Philipp par l’intermédiaire de la Société des Amis de Versailles.

Le 3 février, les donateurs ont été conviés à découvrir le lé dans la réserve textiles du château de Versailles. Ils ont ensuite pu découvrir les cabinets du second étage de Marie-Antoinette où le lé sera à terme présenté, après sa restauration.

Les donateurs lors de la présentation du lé dans la réserve textiles © Société des Amis de Versailles

Une commande d’un luxe inouï

Commandé en 1779 pour les appartements de Marie-Antoinette, ce lampas de la manufacture lyonnaise Charton incarne parfaitement le « style Marie-Antoinette » conçu par Jacques Gondoin. II faisait partie d’une suite de six modèles destinés au grand cabinet de la Reine, commandée pour un coût total de 112 800 livres, correspondant aujourd’hui à une valeur de plus d’un million d’euros pour une pièce de 30 m2, et en fait l’un des meubles les plus chers livré sous l’Ancien Régime.

Véritable tour de force de Jean Charton, le lé est par sa qualité et sa technicité tout à fait novateur. Il nécessita vingt-six métiers afin d’être livré en moins d’un an. Le textile, composé de fils chenillés de trente-deux à trente-quatre couleurs selon les sources, figure trois médaillons ovales brochés à part, puis rebrodés avec un point invisible sur le fond.

Déposé en 1783 puis réinstallé en 1787 dans le Salon du billard, il connut deux retissages au XIXe et au XXe siècle pour Eugénie puis pour la restitution des décors. Par son prestige et sa qualité d’exécution, il témoigne de l’éclat des textiles de cour à la fin de l’Ancien Régime.

Premier lé de la soierie brochée à dessins d’arabesques livrée en décembre 1779 pour le Grand Cabinet intérieur de la reine Marie-Antoinette au château de Versailles, lampas fond satin crème broché soie et fil chenille en trente-quatre couleurs, H. 208,5 x L. 42,9cm.

« Fond plein à ramages composés de rinceaux d’ornemens en arabesques, guirlandes
de fleurs, grouppes de roses, de lilas et autres fleurs sur un double fond de satin blanc des Indes
reduit en 1200 broché en velouté chenille et soye nuée varié en toutes sortes de nuances, l’aune eu
egard à la superiorité de l’execution des differents sujets, à la belle qualité des soyes et la finesse des
chenilles qui y sont employées, à la beauté et la grande variété des nuances dont les principales sont
teintes en couleurs fines. »

Mémoire des différentes étoffes fournies au Garde Meuble du Roy par ordre de Monsieur de Fontanieu, intendant et controleur des Meubles de la Couronne et expédiés à Monsiuer de Pomery garde général desdits Meubles dans l’année 1779 par Jean Charton, fabricant du Roy à Lyon

La découverte d’un nouveau médaillon

L’importance de cette acquisition réside dans la découverte d’un médaillon supplémentaire sur les six dessins différents, celui de la cornemuse. L’exemplaire déjà conservé par Versailles et celui récemment acquis ont en commun les motifs de tambours de basque et fluttes de paon et le carquois. En outre, ce second lé a conservé son arabesque sommitale et présente des couleurs plus fraîches.

Ce lampas constitue ainsi une exceptionnelle étoffe royale, dont l’histoire, intégralement documentée, en fait un témoignage privilégié de l’art de vivre à Versailles au XVIIIe siècle et du savoir-faire français de l’époque.

La Société des Amis de Versailles remercie chaleureusement les donateurs qui ont rendu possible cette acquisition.


Crédits photographiques : © Société des Amis de Versailles ; Thomas Bellanger ; © Château de Versailles, Dist. RMN(G-P) ; Christophe Fouin

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