L’Hôtel de Noirmoutier
L’hôtel de Noirmoutier a été construit en 1720 par Jean Courtonne pour Antoine-François de la Trémoille, duc de Noirmoutier. Conçu entre cour et jardin, cet édifice a servi de modèle architectural à tout le...
Le 4 novembre 2025, les Amis de Versailles se sont retrouvés dans les salles d’Afrique et de Crimée du Château pour une soirée exceptionnelle dédiée à la nouvelle exposition « Le Grand Dauphin ». Entre 18h et 23h, les invités ont eu le privilège de découvrir en avant-première ce parcours consacré à la vie de Louis de France, fils aîné de Louis XIV et de Marie-Thérèse d’Autriche.
Dès les premiers instants, l’atmosphère s’est révélée chaleureuse et conviviale. Les médiateurs, positionnés tout au long du parcours, ont animé la visite avec une énergie communicative. Chacun apportait sa touche personnelle : une anecdote piquante, un détail méconnu sur une œuvre, un éclairage historique précis… Les adhérents, curieux et attentifs, circulaient d’un groupe à l’autre, découvrant peu à peu un personnage souvent relégué dans l’ombre de son illustre père.

Qui était vraiment le Grand Dauphin ?
Né le 1ᵉʳ novembre 1661, Louis de France est le premier enfant légitime de Louis XIV et de Marie-Thérèse d’Autriche. Héritier de l’un des plus puissants trônes d’Europe, il est aussi le seul enfant du couple royal à survivre à l’enfance. Marié à Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, il aura trois fils, dont Philippe, appelé à devenir Philippe V d’Espagne, inaugurant la dynastie des Bourbons sur le trône espagnol.
Le destin du Grand Dauphin est pourtant marqué par la tragédie : il meurt en 1711, avant même son père, emporté par la variole. N’ayant jamais régné, il reçoit son surnom après sa mort, pour le distinguer de son propre fils, lui aussi Dauphin.
L’exposition se déploie en trois temps, suivant les grandes étapes de sa vie :
Fils de Roi
Père de roi
Jamais roi

Les différentes médiations faisaient revivre son enfance sous le poids de la couronne, son éducation de prince, son mariage, l’ascension de Philippe V, ainsi que ses goûts artistiques raffinés et les pièces exceptionnelles de sa collection.
Parmi les visages qui animaient cette soirée, les Jeunes Ambassadeurs des Amis de Versailles occupaient une place toute particulière. Sourire aux lèvres, badge au revers. Leur présence apportait un souffle de fraîcheur : un regard neuf sur l’Histoire, une façon décomplexée d’aborder les œuvres, une envie sincère de partager.
Souvent regroupés autour d’un tableau ou d’un objet, ils attiraient naturellement les invités, intrigués par cette jeunesse investie dans la vie du Château. Leur dynamisme donnait au parcours un rythme vivant. À travers leurs mots, le Grand Dauphin redevenait un enfant studieux, un jeune prince observé à chaque instant, un collectionneur passionné.
Ces ambassadeurs n’étaient pas là seulement pour animer une médiation : ils transmettaient une énergie qui donnait envie d’en savoir plus, d’aller plus loin, de se laisser surprendre.
Tout au long du parcours des médiations à chaque arrêt ouvrait une nouvelle porte sur la vie du Grand Dauphin. Les médiateurs, avaient chacun leur manière de captiver les invités.
L’un racontait une scène de l’enfance du prince, évoquant la rigueur de son éducation et ces premières années vécues à l’école du roi, sous les yeux attentifs de toute la Cour. Une autre s’attardait sur ses relations familiales, révélant les tensions, les attentes et les espoirs placés sur les épaules du jeune héritier.
Plus loin, un médiateur dévoilait les goûts artistiques du Grand Dauphin, un prince amateur de peinture flamande, collectionneur averti. Une autre encore présentait le tournant décisif qu’a été l’accession au trône d’Espagne de son fils Philippe. Un événement qui allait changer durablement la géopolitique européenne.
Chaque intervention ajoutait une nuance, une couleur nouvelle à ce portrait souvent méconnu. Et c’est tout l’intérêt de cette exposition : redonner au Grand Dauphin une profondeur historique, un visage, une humanité.
Parmi tous ces moments, ma toute première médiation à tour de rôle, en binôme avec Sarah Ben Meriem a été sans conteste le plus marquant. Nous avions la charge de la section « Père de roi », postées juste devant le splendide tableau de Pierre Mignard, La Famille du Grand Dauphin.

Très vite, le public s’est rassemblé. Nous avons commencé par les transporter en 1680, au moment du mariage du Grand Dauphin avec Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, un mariage où se mêlaient stratégie politique, splendeur monarchique et ambitions européennes. Les visiteurs semblaient ravis de se replonger dans cette atmosphère de feux d’artifice, d’habits brodés et d’alliances diplomatiques.

Puis est venu le moment que je préfère : leur faire observer le tableau de Pierre Mignard de près. Lorsque nous avons demandé ce qu’ils remarquaient chez les trois enfants, un silence s’est installé… puis des sourires ont émergé lorsqu’ils ont repéré le cordon bleu de l’ordre du Saint-Esprit.
Une dame s’est exclamée :
— « Ah, je ne l’avais pas vu ! »
Ce sont ces moments de découverte partagée qui donnent tout son sens à la médiation.

Nous avons ensuite raconté l’enfance des trois princes : le latin le matin, la danse, la musique et les jeux dont le tric trac, si populaire au XVIIᵉ siècle. Cette évocation légère et vivante beaucoup amusé les invités, qui imaginaient les petits princes autour d’une table, lançant des dés avec sérieux.
Mais le tableau cache aussi une histoire plus intime. Nous avons évoqué l’éloignement progressif du couple princier : passion commune pour la musique au début, puis ennui, maladie, infidélités…Ce contraste entre l’harmonie peinte et la réalité plus sombre a profondément touché le public.
L’un d’eux m’a glissé : « C’est une famille parfaite… mais seulement sur la toile. »
Au terme de la médiation, plusieurs personnes sont venues nous remercier. Leur intérêt, leurs questions, leurs sourires ont été la plus belle récompense.
Moi qui présentais pour la première fois en binôme, j’ai quitté la salle avec une immense joie, celle d’avoir transmis une histoire, d’avoir éveillé la curiosité, peut-être même d’avoir changé le regard de certains sur ce prince discret.
Et une chose est certaine : je n’ai qu’une envie… recommencer.

Léa KODAL