Entretient avec Jérôme Plouseau dans Les Carnets de Versailles

Publié le 01 octobre 2026

À l’occasion de la parution du numéro 28 des Carnets de Versailles, Jérôme Plouseau, président de la Société des Amis de Versailles, s’est entretenu avec Lucie Nicolas-Vullierme, rédactrice en chef du magazine du château de Versailles.

Dans cet entretien, il revient sur les grandes orientations de la Société des Amis de Versailles depuis son arrivée à la présidence en 2023, sur la mobilisation croissante de ses membres en faveur du château et sur les actions menées par les différentes générations d’Amis, en France comme à l’étranger. Il évoque également plusieurs acquisitions et restaurations récemment soutenues par l’association.

Nous vous proposons de retrouver ci-dessous l’intégralité de cet entretien, publié dans Les Carnets de Versailles n° 28 (mai-décembre 2026).

AMITIÉ ET MÉCÈNE

La Société des Amis de Versailles apporte un soutien de plus en plus important au château, chacun de ses membres participant selon ses moyens et ses goûts. Une soirée portée par les Jeunes Amis et les bénévoles

Vous êtes arrivé à la tête de la Société des Amis de Versailles il y a exactement trois ans, en avril 2023. Quelles ont été vos priorités ?

Jérôme Plouseau La Société des Amis de Versailles offre toutes sortes d’opportunités d’explorer le château, mais je souhaitais réaffirmer notre vocation de mécène. Nous avons mobilisé nos membres sur des projets parfois modestes, parfois plus importants. Et les résultats sont là : en 2025, les dons reçus ont augmenté de 60 % par rapport à 2024.
Nous avons également cherché à impliquer nos membres en nous appuyant sur les goûts de chacun, à travers la création de cinq cercles thématiques : jardins et fontaines ; meubles et objets d’art ; céramique ; arts graphiques ; Louis XVI, Marie-Antoinette et la Révolution.

Combien de membres l’association compte-t-elle aujourd’hui ?

Jérôme Plouseau Fin 2025, nous réunissions cinq mille quatre cents membres, une progression qui traduit la mission que se donne la Société des Amis : signifier l’attachement croissant des Français au château de Versailles et, plus largement, au patrimoine. Nos membres sont d’une grande diversité, et chacun a une raison de s’impliquer qui lui est propre. Certains fréquentent l’association de manière ponctuelle, d’autres restent extraordinairement fidèles, comme Édouard de Royere qui, depuis 1990, a permis l’acquisition de plus de vingt meubles et objets remarquables. Beaucoup font preuve d’enthousiasme à agir pour Versailles. Nous le constatons, par exemple, lorsque nous lançons une collecte…

Pots à jus du service « à rubans bleu céleste » de Madame Du Barry, acquis en 1992 grâce au don d’Édouard de Royère par l’intermédiaire de la Société des Amis de Versailles. © EPV / Franck Raux

Ces dernières années ont vu la participation nouvelle des jeunes (moins de trente-cinq ans). De quelle manière ?

Jérôme Plouseau Les jeunes apportent beaucoup de fraîcheur et de gaieté, notamment grâce aux médiations qu’ils prennent en charge lors de nos soirées de visites : ils se postent au long du parcours et en commentent les œuvres principales. Étudiants ou en début d’activité professionnelle, ils ne sont pas forcément historiens de l’art, mais ils parlent avec leur cœur et insufflent une véritable énergie à ces moments de découverte.
Ils organisent aussi entièrement notre activité de Noël, dont le bénéfice est affecté à un projet de mécénat en faveur du château. Les jeunes n’ont souvent pas beaucoup de moyens financiers, mais ils ont du temps, du dynamisme et des idées !

Vous sollicitez aussi des amis de Versailles à l’étranger…

Jérôme Plouseau Les American Friends of Versailles ont contribué à des projets de mécénat tout à fait significatifs, tels que le Pavillon frais, au Petit Trianon, ou la salle des gardes de la Reine. Ils sont venus quelques jours en France début juin pour boucler leur levée de fonds en faveur de la restauration du plafond de Diane. Une grande soirée de gala a été organisée au château. Elle a eu, cette année, une tonalité particulière, avec cet anniversaire consacrant une amitié franco-américaine qui est profondément ancrée dans nos mémoires.
Plus récemment, il y a un an, un autre petit noyau d’amis du château, résidant en Grande-Bretagne, a décidé de s’investir en développant des activités à Londres : c’est le UK Circle, qui devrait bientôt prendre en charge d’autres actions de mécénat.

Quelles sont les récentes acquisitions dont vous êtes le plus fier ?

JJérôme Plouseau Je suis très heureux de celle du grand plat du service « bleu céleste ». Sa taille inouïe le rend emblématique du niveau d’excellence atteint au XVIIIe siècle par la manufacture de Sèvres. Son histoire est incroyable : cela faisait plus de cinquante ans qu’il était conservé par une famille qui en ignorait complètement la provenance et la valeur ! De même, l’écran de cheminée du cabinet d’angle avait refait surface lors d’une vente aux enchères. L’acquéreur avait confirmé son origine en enlevant sa garniture : dessous, une étiquette indiquait qu’il provenait du « Cabinet intérieur du roi à Versailles ». Il faut se figurer que cet objet se trouvait au plus près du souverain, lorsqu’il travaillait à son bureau !

L’écran de cheminée acquis grâce à la Société des Amis de Versailles et remis à sa place au cœur du château, dans le cabinet d’angle du Roi. © EPV / Christophe Fouin

Et en ce qui concerne les restaurations ?

Jérôme Plouseau Celle des sacristies de la chapelle est remarquable, car elle concerne un ensemble authentique de l’époque de Louis XIV, complètement préservé. Grâce à ces travaux, les amoureux de Versailles peuvent découvrir des espaces qui n’étaient pas visibles, des lieux de vie à l’usage du clergé, associés à l’activité religieuse du château. Ils sont trop connotés pour un mécénat d’entreprise et seule la Société des Amis de Versailles pouvait financer cette restauration. Cela donne beaucoup de sens à notre existence et à notre mission.

Propos recueillis par Lucie Nicolas-Vullierme, rédactrice en chef des Carnets de Versailles

Cet article est extrait des Carnets de Versailles n° 28 (mai – décembre 2026).

Retrouvez nos autres articles !

Translate »