Découvrez la fable moderne que nous propose Madame Florence Hélaine, contemplant le vol des perruches dans les jardins du Château de Versailles.
Je reviens vers vous avec cette fois une proposition un peu différente, plus amusante. J’avais depuis plusieurs années l’idée de quelques fables mettant en scène les animaux du parc. L’actualité de cette année et l’exposition en cours m’ont encouragée à le faire maintenant. Je n’ai d’autre prétention que celle de l’amusement, bien loin d’ Esope ou de Jean de La Fontaine !
[Florence Hélaine, membre Sociétaire ]
Versailles est un délice, on s’égaye en son parc On y fait des rencontres au détour des bosquets Artistes en tous genres, jardiniers, roitelets Chacun y veut régner ou y mener sa barque.
« Que penses-tu de mon plumage ? » Demandait le corbeau à la pie, fort volage. « Tu te prends pour le maître, mais moi ça m’est égal, Un jour-ci un jour-là, je vois bien d’autres bêtes, Plus modestes que toi, et tout aussi alertes.» « Oui, c’est bien moi le maître ! Je règne sur le parc et bientôt sur la ville, Du bassin de Latone au plus bas des trottoirs, On me photographie tout autant que les cygnes. Je pique, je vole, je crie, tout à mon bon vouloir Je suis beau, ténébreux, et de ma robe noire Méfie-toi pauvre pie. Je suis ici chez moi, et resterai le roi. »
Les langues allaient bon train et les querelles aussi. L’un invoquait sa force et sa prédominance Et l’autre sa finesse, et son intelligence Il s’agissait ce jour, de conquérir le trône.
Dame hulotte, effarée, était en réflexion. Les cygnes paradaient, ils soutenaient la pie Et les mouettes passaient, criant à l’unisson Chacun se souciait de cette succession. Qui de l’un ou de l’autre aurait le dernier mot?
Ce jour-là, un enfant, jouant dans un bosquet Raconta à sa mère qu’il vit un perroquet, Son plumage était vert et son cri résonnait. Nul ne le crut. L’enfant revint souvent Cherchant son bel oiseau … Le bel oiseau revint, puis il en revint dix, Puis vingt, puis trente arrivaient au bosquet Jouant de leur ramage, mais point de perroquet.
C’était une perruche raffolant de Versailles, Apollon et son char avaient su la séduire. Les bassins, le canal et les oiseaux charmants Tout était merveilleux, élégant à ses yeux. Sa cage s’était ouverte, promettant tous les jeux: Ses amours généreuses firent une colonie.
Les cimes devinrent vertes, résonnantes de cris. Les cygnes étaient séduits, dommage pour la pie ! Tous les canards suivaient et les mouettes aussi. Quant à Maître Corbeau, il connut le dépit, Point de trône, point de cris et point de dynastie.
La grisante puissance est toujours éphémère, Le monde est ainsi fait, la hulotte le sait. Un plumage, un ramage, être un bel oiseau vert Ont valu cette fois, beaucoup mieux qu’une guerre. Messieurs les prétendants et mesdames aussi Tout aussi malicieux que corbeau et que pie Ne méprisez jamais les perruches jolies.
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